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SEMO n’a pas d’aide concrète à offrir aux Sourds

Transcription en français:

Bonjour,

Je m’appelle Bianca Gendron. Mon nom signé se signe comme ceci.

Vous avez écouté mon vidéo sur Canada Accessible.

Maintenant je voudrais vous parler sur le thème des SEMOs.

De quoi s’agit-il ?

SEMO est l’acronyme de service externe de main-d’œuvre.
Les SEMOs ont pour but d’aider les personnes handicapées au niveau de l’intégration au travail. Leur tâche est d’expliquer le fonctionnement des ententes entre personnes handicapées et employeurs et des entrevues d’embauches adaptées. Ils fournissent aussi de l’information sur les subventions
CIT et donnent des conseils reliés à l’emploi. Les SEMOs ont la responsabilité d’encourager les entreprises à avoir recours aux programmes de subventions et d’adaptations.

Maintenant laissez-moi vous présenter mon expérience avec SEMO depuis dix ans environ. Je fais affaire avec eux pour me trouver un emploi professionnel. J’ai déjà obtenu plusieurs diplômes (dép. et cégep privé) pour ma carrière d’avenir.

J’ai demandé au SEMO de m’aider à trouver un emploi qui nécessite des qualifications professionnelles en lien avec mes études. Mais à ce niveau c’est zéro. L’agente du SEMO me dit que si l’employeur est intéressé à me rencontrer en entrevue, je dois lui faire le message de la contacter. Elle se chargera alors de lui expliquer le fonctionnement des adaptations possibles pour les personnes sourdes, en ce qui a trait aux interprètes, etc. Je remarque que l’agente se répète et utilise toujours le « ils » pour faire référence aux employeurs et n’utilise jamais le « je » pour dire par exemple « je vais t’aider », elle s’en décharge et me réfère aux employeurs. Ça veut dire que je fais toujours tout moi-même à la place de l’agente, et il n’y a pas de travail d’équipe ou de partage des tâches entre nous. Zéro !

Ce fut une grande perte de temps de changer souvent mon orientation de carrière. Je me sens comme si j’allais rester sur le banc d’école jusqu’à l’âge de 60 ans. Ben non ! Il faut connaître la base, commencer au bas de l’échelle dans une entreprise et acquérir de l’expérience. J’ai insisté plusieurs fois auprès de mon agente au SEMO pour qu’elle m’aide à me trouver un emploi professionnel. Mon résultat est ZERO !

D’un côté je remarque sur le site internet du SEMO qu’ils disent aider les personnes handicapées à se trouver un emploi dans plusieurs entreprises. D’un autre côté j’observe autre chose dans mes communications et échanges avec l’agente du SEMO, que ce soit par courriels ou en personne à son bureau. Elle me disait « il est vrai que tes recherches d’emploi t’appartiennent, mais je suis là pour te conseiller des modifications à apporter à ton cv et à ta lettre de présentation, ainsi que pour t’aider pour réserver et confirmer des interprètes. C’est tout, je ne t’aide pas au-delà de cela. »

Je compare les informations qu’on trouve sur le site web de Semo avec l’expérience personnelle que j’en ai ; d’un côté, ça semble être positif, mais de l’autre c’est plutôt négatif. Ça ne marche pas.

 Je me suis donc mise à la recherche d’une autre solution. Je suis allée contacter l’OPHQ pour qu’ils m’aident à trouver un emploi au moment où je sortais de l’école en patronniste de mode. L’OPHQ a refusé de m’aider et m’a référé aux bureaux de SEMO et à ma propre agente. J’ai donc mis cela de côté et j’ai essayé de contacter AIM Croit pour y obtenir des services. L’agente là-bas m’a dit : « désolé, il faut un papier, une dérogation. Pour cela, il faut parler à la CLÉ (Emploi-Québec) ». J’ai rencontré l’agente  de la CLÉ emploi Québec en lui disant ; « j’aimerais avoir un papier de dérogation ». Malheureusement elle m’a dit que SEMO m’empêchait d’obtenir une dérogation et aussi d’être référée aux autres services. Elle me disait que je devais discuter de mon insatisfaction avec mon agente au SEMO et m’a souhaité bonne chance.

 Par la suite, j’ai parlé à l’agente du SEMO de m’aider à faire une demande auprès de SPHERE-Québec pour un petit projet dont l’objectif serait d’encourager une entreprise à m’engager comme adjointe à la comptabilité. Elle m’a dit : « Oui, oui, oui, bonne idée ! », et qu’elle me donnerait une réponse dans environ une ou deux semaines. Par la suite, j’ai reçu sa réponse par courriel où elle me disait que SPHERE-Québec ne voulait pas vérifier mon admissibilité au programme. Elle ne pouvait pas savoir s’il y aurait des possibilités ou non.

 Si on s’imagine que je décide de fermer mon dossier avec SEMO, qu’est-ce que ça changerait ? Que j’aie un dossier avec eux ou non, la réponse est la même ; non. Il n’y pas de différence, je ne peux pas en faire plus.

 Je veux vous transmettre le message que ce processus est comme un  » cercle vicieux « . Vous connaissez le petit animal, le hamster ? Il vit dans sa cage où il a une roue dans laquelle il court sans que ça ne le mène nulle part. Quand il est fatigué il en sort, se promène un peu, et y retourne. Il ne peut pas sortir de sa cage. J’ai un collier en chaine comme un chien, et c’est SEMO qui tient la laisse et qui m’empêche de trouver une solution. Vous qui me regardez, vous me voyez ? Est-ce que je suis invisible ? J’ai des DROITS ! SEMO ne me m’offre aucune opportunité d’emploi temporaire comme un travail de bureau pour me permettre d’obtenir un salaire ou de l’expérience. ZER0 ! Je me retrousse les manches et je me mets à l’ouvrage pour trouver une solution. Je paie des taxes mais je ne reçois rien en retour ?! ZERO ! Je peux vous dire que d’un côté on a les ressources humaines qui n’embauchent jamais. ZERO ! De l’autre on a le SEMO qui n’a rien à offrir comme opportunité d’emploi. ZERO ! Que se passe-t-il avec cela ? C’est assez ! Assez assez assez ! J’en ai marre d’être silencieuse à propos des SEMOs. J’enlève le ruban de sur ma bouche. Je ne veux plus ravaler mes frustrations, je m’exprime. J’ai envie que ça sorte et de m’épanouir comme une fleur. En 2017, les choses changeront ! Où est-elle l’accessibilité à l’emploi? Parfois on pense l’avoir trouvée par ici, mais non. Ou peut-être par ici ? Non. Ou encore là ? Non. Non. Non non non non… Il n’y a rien.

 Si vous avez des questions, communiquer avec moi par courriel : biancagendron@hotmail.com

 Merci beaucoup d’avoir écouté mon histoire,

 J’espère avoir de vos nouvelles très bientôt.  Bonne journée !

Blogue

Canada Accessible: L’accessibilité à l’emploi – Les Sourds y ont droit et, en 2017, il est grand temps que ça change!

English Version

Transcription en français:

Bonjour,

Mon nom est Bianca Gendron,

Mon nom signé se signe comme ceci.

J’ai vu sur la page facebook Canada Accessible qu’il y aura bientôt une nouvelle loi sur l’accessibilité. Il en sera question de février 2017 à 2018. Je me suis dit que ce serait un bon moment pour partager avec vous mon vécu et mes frustrations en ce qui concerne l’accessibilité à l’emploi pour les personnes sourdes. Je vous explique mon histoire.

En septembre 2015, alors que je venais de terminer mes études de commis-comptable, d’obtenir mon diplôme et de terminer mon stage, je débutais mes recherches d’emploi en envoyant mon CV et une lettre de présentation à divers employeurs. Chaque Compagnie a son département de ressources humaines, et je m’attendais à avoir des réponses positives de leur part. Finalement, contrairement à mes attentes, ce fut plutôt des réponses très négatives.

Les raisons évoquées les plus fréquemment pour expliquer ces refus sont les suivantes;

  • Nous avons besoin de quelqu’un qui peut communiquer par téléphone
  • Le poste est déjà comblé
  • Le manque d’expérience
  • Votre candidature ne correspond pas avec les exigences recherchées par les ressources humaines.
  • Allez postuler dans la section carrières de notre site internet

En réponse, j’offre une subvention (CIT) d’un an qui serait renouvelable à chaque année si l’employeur est satisfait de mon travail. Je leur propose aussi de me prendre à l’essai pour une période de 2 semaines pour évaluer la qualité de mon travail et voir quelles adaptations seraient possibles.

Je vais aussi souvent à un organisme où des bénévoles entendantes m’aident à faire des appels pour entrer en contact avec diverses compagnies. J’ai soigneusement numéroté dans un tableau l’historique de toutes ces compagnies, en notant leur nom, le nom de la personne responsable, le numéro de téléphone, la référence pour le site web de l’employeur, ainsi que des commentaires. Lorsque je reçois une réponse négative je la note en rouge. Maintenant laissez-moi vous montrer de quoi a l’air mon tableau.

Selon-vous, au total, combien de compagnies est-ce que cela représente? 142 compagnies qui ont refusé ma candidature. Parce que je suis sourde. Lorsque je contacte les ressources humaines, lors de la conversation téléphonique, la réponse qui revient est : « désolé, le poste est comblé. Je garde votre CV. Si un autre poste se libère, je vous contacterai. Merci et bonne chance. Je vous invite à aller sur notre site internet. » C’est toujours la même rengaine, qui se répète et qui se répète… À tous les jours. C’est comme ça pour toutes les compagnies, toujours la même phrase. Cette façon de le dire me semble trop facile. Ça prend 2 minutes et voilà! On est débarrassé!

Pourtant, dans mon domaine, on travaille à l’ordinateur, en se concentrant sur des chiffres. C’est possible de faire ce travail sans téléphone. Par exemple, si je travaille comme adjointe à la comptabilité, le chef comptable peut se décharger en me donnant des tâches afin de lui sauver du temps.

Imaginons un instant que je suis moi-même une employée des ressources humaines et que, assise à mon bureau, parmi les 50 à 100 CVs que je reçois par jour, je cherche ceux qui paraissent le mieux, avec une belle présentation parfaite. Si, parmi tous ces CVs, j’en aperçois un qui est le CV d’un Sourd, sans me casser la tête je le mets à la poubelle.

Ça me donne l’impression que face à tout ce choix, les ressources humaines sont comme des enfants capricieux qui peuvent choisir parmi tous les bonbons qu’ils veulent. Parmi toute cette sélection, si les RHs tombent sur le CV d’un Sourd, ils le refusent tout de suite.

Les Sourds subissent cette discrimination car nous n’avons pas accès à la réalité des ressources humaines. Il faut deviner ce qui se passe à partir des mêmes phrases de refus qui se répètent encore et encore. C’est impossible de contacter les ressources humaines, il n’est pas possible d’échanger humainement ou concrètement avec eux.

De plus, les ressources humaines ne font pas d’efforts pour s’adapter à mes façons de communiquer. Il n’y pas d’effort pour faciliter la communication, que ce soit par écrit, ou en ajoutant des gestes ou en parlant d’une façon qui facilite la lecture labiale. Les ressources humaines ne font rien pour s’adapter à moi.

J’ai aussi essayé de contourner les ressources humaines, en me disant que j’aurais peut-être plus de chance en m’adressant à la direction. Mais ce ne fut pas le cas. La direction se contente de me référer aux ressources humaines, en me disant que ce sont eux qui sont responsables de la réception des CVs et lettres de motivation, des entrevues et de l’embauche. La direction s’en lave les mains.

Je m’en sens comme si j’étais face à un mur que je ne parviens pas à traverser.

Comment est-ce que je peux débloquer la situation? De l’accessibilité, il n’y en a pas. Je cherche à gauche et à droite en essayant de trouver une porte ouverte, mais il n’y en a pas.

C’est comme si les ressources humaines étaient un chef implacable. On a beau essayer de contourner d’un côté ou de l’autre, on en revient toujours aux ressources humaines. C’est comme une barrière très sévère.

Voici les obstacles quotidiens dans mes recherches d’emploi;

  • Les ressources humaines
  • Les départements de recrutement
  • La direction
  • Les services adaptés de recherche d’emploi comme AIM croit qui, par exemple, refuse des services si on demeure à l’extérieur de Montréal
  • Les S.E.M.O.s, comme le S.E.M.O. rive-sud
  • La CLÉ dans la région de Québec
  • Emploi Québec

Le S.E.M.O. Rive Sud ne m’a fourni aucune aide dans mes recherches d’emploi. Aucune. Ils me disent que je dois faire mes recherches moi-même. Mais ce n’est pas facile. Ils sont sensés aider à l’intégration des personnes handicapées et des personnes sourdes. Mais ils ne font rien. On en a la preuve avec mon tableau où je garde l’historique de mes recherches d’emploi. J’ai moi-même contacté 142 entreprises sans résultat. Maintenant qu’est-ce que je fais?

Je vous lance ce message; mettez-vous dans mes souliers pour instant. Imaginez-vous; je me lève à tous les jours, je prends mon café, j’organise mes affaires, je vais porter ma fille à la garderie et après je vais sur l’internet pour consulter les offres d’emploi, envoyer des CVs. Je fais ces recherches d’emploi pendant 2 heures environ, tous les jours. La même chose se répète toujours, je reçois la même réponse; « désolé nous n’avons pas retenu votre candidature ». Et ça se répète encore et encore et encore. Je suis extrêmement fatiguée. J’ai été très patiente et persévérante. Je note toutes mes démarches. Comment pensez-vous que je me sens en voyant la longue liste de toutes ces réponses et commentaires négatifs?

Pensez-vous que c’est amusant de noter tous ces refus? Pas du tout. Je me sens comme si j’étais un criminel qui vient de sortir de prison et qui n’arrive pas à se trouver d’emploi parce que son nom est sur une « liste noire ». C’est comme ça que je me sens, mais pourtant je ne fais que me rechercher un emploi pour vivre et payer mes frais de subsistance. Soyons sérieux!

J’ai réfléchit à la nouvelle loi de Accessibilité Canada. J’ai une idée de ce qu’il faudrait mettre en place et j’aimerais vous l’expliquer. Vous connaissez l’idée d’égalité dans l’accès à l’emploi pour, par exemple, les femmes, les minorités visibles (différentes couleurs de peau), les minorités ethniques (les personnes dont la langue n’est ni le français, ni l’anglais, ou qui proviennent d’autres cultures) ou encore les personnes handicapées.

J’aimerais me concentrer sur ce dernier point, c’est-à-dire le terme de personnes handicapées. Prenons un exemple. Les ressources humaines profitent de ce mot fourre-tout et vont préférer engager des personnes handicapées qui sont capable de parler, comme par exemple des personnes en chaise roulante ou à mobilité réduite. Je dis cela à propos de la situation de l’emploi en particulier.

Mais si ces mêmes ressources humaines se retrouvent face à la possibilité d’embaucher un sourd, ils vont préférer éviter cette situation. Par la suite il est difficile de faire une plainte parce qu’ils ont le beau jeu de dire qu’ils sont dans les règles en ce qui a trait à l’intégration des personnes handicapées.

J’aimerais passer le message qu’il est important de séparer les personnes sourdes et les personnes handicapées. Il est souvent question des personnes handicapées, mais qu’en est-il des Sourds? Où est l’expression « personne sourde ». Il vaut mieux utiliser cette expression de « personne sourde » afin de mieux être en mesure de cibler les obstacles à l’accessibilité qui sont en lien avec les particularités linguistiques et culturelles des sourds qui viennent du fait que leur langue maternelle depuis l’enfance est une langue signée.

C’est mieux d’avoir cette distinction. De cette façon, si jamais un département de ressources humaines refuse d’embaucher une personne sourde, il est plus facile d’avoir un recours contre eux et d’imposer une sanction si une loi existe. Par après, cela facilitera l’accès aux personnes sourdes. C’est très très très important!

Il m’est déjà arrivé une situation où j’ai fait une plainte car les ressources humaines avaient refusé de m’embaucher. Mais ils ont pu s’en sauver en prétextant qu’ils employaient déjà une autre personne handicapée. Ils avaient donc une belle excuse, mais il s’agissait justement d’une personne à mobilité réduite capable de parler. Quelle place est-ce que ça laisse pour une personne comme moi?

C’est suite à cela que je me suis mise à réfléchir au fait qu’il faudrait ajouter l’expression « personne sourde » pour qu’il y ait des règlements sur l’accessibilité adaptés à notre réalité spécifique. C’est important pour nous donner une chance et facilité notre accès aux entreprises. En ajoutant l’expression « personne sourde » cela ferait en sorte que les ressources humaines seraient obligées de s’adapter à moi.

Je pense que les personnes sourdes seraient heureuses de constater de l’ouverture et de l’hospitalité de la part des compagnies en raison de l’instauration d’une loi sur l’accessibilité pour les personnes sourdes. C’est important et c’est cela qu’il faut et c’est cela que je veux. Ça me rendrait heureuse parce que j’ai moi-même vu encore et encore, à tous les jours, les mêmes stratégies d’évitement que les ressources humaines utilisent.

J’ai déjà fait des plaintes et tant d’autres démarches. Cette expression « personne sourde », est en quelque sorte la clé pour ouvrir la porte et pour que toutes les personnes aient enfin le champ libre pour améliorer leur situation, se trouver un emploi et réaliser leur rêve.

Maintenant vous connaissez mon histoire, et j’ai aimé la partager avec vous. J’ai entrepris cette démarche pour briser la glace. Justin Trudeau a déclaré qu’en 2016-2017 nous sommes supposés être égaux et faire preuve d’ouverture. Si vous avez des questions, je vous invite à me contacter par courriel à l’adresse suivante : biancagendron@hotmail.com.

Merci beaucoup d’avoir écouté mon histoire. Au plaisir! Et j’espère avoir de vos nouvelles très bientôt.

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